Nous avons vu dans un précédent billet l’importance cruciale pour la vie future de l’individu des 1 000 premiers jours de la vie, de la conception jusqu’à l’âge de 2 ans. Pendant cette période, pendant laquelle le cerveau est extrêmement vulnérable, nous avons vu l’importance de la nutrition infantile et constaté que l’état cérébral du tout-petit était bien différent de celui d’un adulte.

Un autre point à souligner, pendant cette période qui va de la conception à l’âge de 2 ans, est la vulnérabilité du cerveau au stress. Les recherches sur le stress vécu dans la petite enfance sont à la fois dramatiques et inquiétantes. Elles confirment que des expériences stressantes dans la petite enfance, avant que l’enfant ne soit capable de les gérer, peuvent causer de sérieux problèmes ensuite, tout au long de sa vie adulte.

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D’abord, un petit rappel théorique. Rappelons ce qu’est une synapse : c’est une zone de contact fonctionnelle qui s’établit entre deux neurones, ou entre un neurone et une autre cellule (cellule musculaire, récepteur sensoriel…). C’est la synapse qui permet la transmission de l’information d’un neurone à un autre, soit de manière chimique, soit de manière électrique.

De la naissance à 2 ans, le cerveau humain a le plus grand nombre de neurones qu’il n’aura jamais au cours de sa vie, bien que sa taille ne soit que le quart de la taille d’un cerveau adulte. La plupart des synapses existent et sont disponibles à être utilisées, mais ne sont pas fonctionnelles. C’est ce qu’on appelle les « synapses silencieuses ».
Pour le développement du cerveau, c’est une période critique, pour le meilleur comme pour le pire. Pourquoi ? Parce que la petite enfance est une période d’activité cérébrale intense. Pendant les 5 premières années de sa vie, le cerveau humain surproduit des synapses, en créant des connections entre les neurones mais d’une manière en partie aléatoire.
En fait, le développement du cerveau ne dépend pas du nombre de synapses, mais dépend des bonnes connections qui se créent – ou ne se créent pas, ou qui se créent au mauvais endroit. Des synapses inutilisées disparaissent, tandis que d’autres synapses se renforcent avec l’usage. Et ceci, bien entendu, que les expériences soient positives ou négatives.

Ce cerveau en développement est particulièrement sensible au stress. Par exemple, quand les parents se disputent, c’est extrêmement stressant pour le petit enfant. Une étude du Boston University Medical Center et de l’Institute of Psychiatry du King’s College de Londres, dirigée par Karestan Koenen, a été menée en Angleterre sur 1116 paires de jumeaux monozygotes et dizygotes âgés de 5 ans. On a demandé aux mères leur expérience de violence domestique au cours des 5 premières années de leurs enfants. Aux résultats, la violence domestique a été directement associée à une baisse moyenne de QI de 8 points, par rapport à celui des enfants non exposés à de la violence domestique.

Comment expliquer cela ? Lorsque le petit enfant est exposé au stress, à la négligence ou à différentes formes de violence, cela pousse le cerveau à s’organiser en fonction de cet environnement, en augmentant toutes ses réactions naturelles au danger au détriment du développement de ses capacités cognitives.
Le jeune cerveau est incapable de gérer les expériences stressantes. Les lobes frontaux sont immatures, ne permettant pas à l’enfant de comprendre, de cloisonner ou de rationaliser son exposition à la violence.

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Le stress peut venir de très nombreuses causes. Dans une autre étude américaine dirigée par le Dr Li-XinZhang, il a été montré que la séparation d’avec la mère peuvent pousser des cellules nerveuses à se suicider dans le cerveau de l’enfant. Bien que le cerveau en développement élague les synapses et les cellules nerveuses en trop, des études sur des animaux ont montré que des expériences stressantes peuvent en faire éliminer deux fois plus que la normale ! Cette étude conclue : « Ces résultats indiquent que la privation maternelle peut modifier le développement normal du cerveau en augmentant la mort cellulaire des neurones et des cellules gliales, et fournit un mécanisme potentiel par lequel les facteurs de stress environnementaux précoces peuvent influencer le comportement ultérieur. »
Dit autrement : des circonstances traumatisantes ou violentes chez le petit enfant peuvent conduire à une destruction erratique de cellules nerveuses dans les lobes frontaux, conduisant à des déficiences émotionnelles plus tard.

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Ce faisceau d’études confirme, sur le plan cérébral, qu’il faut garder un niveau de stress bas pendant les 5 premières années de l’enfance. Contrairement à certains principes « éducatifs », il est tout à fait déconseillé de « serrer la vis » à un enfant de moins de 5 ans.
Des programmes de formation pour les parents pourraient leur faire prendre conscience des dangers pour l’avenir de leur enfant de les exposer à des expériences stressantes, qu’elles soient réelles – comme des disputes entre les parents –, ou virtuelles, comme l’exposition à des images télévisuelles violentes.

Bruno Hourst

Références
Domestic violence is associated with environmental suppression of IQ in young children
Maternal deprivation increases cell death in the infant rat brain