Des séries télévisées font leurs choux gras de célèbres empoisonneurs – et empoisonneuses. Depuis toujours, la peur du poison a hanté les hommes. Des personnes célèbres (comme Cléopâtre, relisez Asterix) avaient leurs « goûteurs » pour s’éviter une fin tragique. D’autres, plus futés, s’habituaient aux poisons, comme Mithridate. Qu’en est-il à notre époque, des poisons ?
La réponse, en résumé, est simple : ils sont partout, ils nous empoisonnent tous et mettent en danger les nouvelles générations.
C’est, bien entendu, une banalité d’écrire cela, car tout le monde en parle. Mais voyons plus précisément, à travers les recherches, l’influence des poisons sur les enfants.

Philippe Grandjean de l’Université du Danemark du Sud à Odense et Philip Landrigan de l’Université Harvard, dans une publication dans la revue Lancet Neurology, écrivent : « 10 à 15% de tous les enfants viennent au monde de nos jours avec un trouble du développement neurologique. Les conséquences de ces troubles du développement sont dramatiques : ils réduisent la qualité de vie, rendent plus difficile le développement professionnel, entraînent des troubles du comportement et, ainsi, affectent le bien-être et la productivité de toute une société. » Mis en cause : un empoisonnement chimique persistant.
Dès 2006, les scientifiques ont pu montrer dans une méta-analyse un effet dommageable sur le cerveau de onze produits chimiques courants. Ces toxines interfèrent de manière identifiable avec le développement du cerveau des enfants, causant une réduction du volume du cerveau, une diminution de la performance mentale, des troubles moteurs, et un comportement social difficile.
Certains enfants qui vivent dans un environnement toxique (par exemple près d’usines chimiques ou de mines de plomb ou de manganèse) ont bien entendu un facteur de risque plus élevé. Mais d’une manière beaucoup plus banale, lorsque des mères, par exemple pour raison professionnelle (personnel des hôpitaux, femmes de ménage, pharmaciennes, coiffeuses ou esthéticiennes) ont été au contact avec des perturbateurs endocriniens comme les solvants, leurs enfants ont tendance à avoir un comportement agressif et être atteints d’hyperactivité et de maladies mentales.

Les enfants qui souffrent de troubles de l’attention, d’un retard de développement et de résultats scolaires médiocres sans raison apparente inquiètent les chercheurs, parce que leur nombre est en constante augmentation. Pour eux, les raisons sont évidentes : « le cerveau de ces enfants a été lésé par des produits chimiques neurotoxiques. Les conséquences sont évidentes, mais ces enfants n’ont jamais reçu un diagnostic formel », écrivent-ils.
Jusqu’à présent, plus de 214 substances sont connues pour avoir un effet neurotoxique – cette longue liste s’agrandit d’environ deux nouvelles substances chaque année. Au moins la moitié de ces toxines est produite industriellement à grande échelle et se retrouve tôt ou tard dans l’environnement. Les dommages au cerveau dans l’utérus ou dans la petite enfance ne sont pas encore traitables et conduisent à une limitation des vies des personnes touchées, de leurs familles et de la société. « Partout dans le monde, les enfants en contact avec des toxines qui passent inaperçues réduisent leurs capacités intellectuelles, modifient leur comportement et ainsi détruisent leur avenir. Cela nous préoccupe grandement », écrivent Grandjean et Landrigan.
Selon les auteurs de l’étude, une solution serait de créer des conditions d’autorisation de mises sur le marché et des directives environnementales plus strictes. Classer les produits chimiques comme non-dangereux « jusqu’à preuve du contraire » était une erreur fatale, avertissent les chercheurs. Pour protéger les enfants et la société, une remise en cause aboutissant à une action décisive doit être faite.
Mais une fois de plus – et comme pour le réchauffement climatique, il y a un immense fossé entre les conclusions des chercheurs et les décisions politiques. Au quotidien, ce sont finalement les parents, les enseignants et tous ceux qui élèveront ces enfants qui devront prendre en charge ces problèmes.

Cendrina Collet

Références

Développement du cerveau : surréaction chimique
Neurobehavioural effects of developmental toxicity
La cohorte PELAGIE : un suivi de mères et d’enfants en Bretagne depuis 2002