L’expression « suggestion négative » peut recouvrir différentes significations.

  • Il peut s’agir des phrases négatives que nous nous disons à nous-même, qui conduisent à des « prophéties auto-réalisatrices » : nous programmons notre cerveau pour échouer. Cela peut aller du « Je suis moche » au « Je n’y arriverai pas » en passant par « Elle est trop bien pour moi ». Cette forme de suggestion négative peut conduire au « syndrome de l’imposteur ».
  • Cela peut être aussi les phrases que nous disons à d’autres, censées avoir un effet positif mais qui ont, en fait, un résultat négatif. Par exemple, si un enseignant dit à ses élèves « Soyez très attentif, ce chapitre est un peu délicat », certains élèves se diront : « Déjà que je n’ai pas compris le chapitre précédent, ce n’est pas la peine que j’essaye de comprendre celui-là » : suggestion négative, basée sur une intention positive.
  • Il peut aussi s’agir de l’utilisation de formes verbales négatives, là encore avec les meilleures intentions. Si vous dites à votre enfant : « N’oublie pas l’argent pour la cantine », il aura plus de chance d’oublier de prendre l’argent pour la cantine, car une partie de son cerveau, biologiquement, ne comprend pas la négation. Il vaut mieux utiliser une phrase sans négation et lui dire : « Pense à prendre l’argent pour la cantine ».
  • Les parents et les enseignants sont souvent champions en suggestion négative, mais d’une manière destructrice, depuis le « Tu es nul(le) ! » jusqu’au « Je me demande ce que l’on va faire de toi ! ».

La suggestion négative, à ma connaissance, est très peu étudiée en France – peut-être parce qu’il semble sans intérêt d’étudier ce dans lequel nous baignons complètement : est-ce qu’un poisson s’intéresse à l’eau dans laquelle il nage ?...
Les conséquences de la suggestion négative, selon ses différentes formes, peuvent pourtant être considérables. Nous le verrons dans d’autres articles sur le sujet.

Bruno Hourst