Brutaliser et être brutalisé, harceler et être harcelé sont un problème que l’on rencontre dans tous les pays et à tous âges, autant dans la cellule familiale, à l’école que sur le lieu de travail. Ce problème a récemment été exacerbé par le cyber-harcèlement qui utilise les réseaux sociaux.

Il semble que ces comportements de « bourreau » ou de « victime » soient profondément ancrés dans l’enfance. Il est donc important d’apprendre à les gérer très tôt. Les parents et les enseignants, les entraîneurs sportifs ou les moniteurs qui vivent et qui travaillent avec les jeunes doivent développer des stratégies à la fois de prévention et de gestion des comportements brutaux et des harcèlements. Il s’agit à la fois de créer un environnement dans lequel les brutalisés potentiels se sentent en sécurité, et où les acteurs potentiels de brutalités comprennent que leur comportement est inapproprié et ne sera pas toléré.

Une abondante littérature et de nombreuses recherches existent sur le sujet. Tentons de dégager, au fil de plusieurs billets, quelques pistes de réflexion et d’action en nous appuyant sur les avis et les conseils de spécialistes.

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Pour l’Américain Eric Jensen, la brutalité et le harcèlement entre pairs a des racines biologiques. Il cite des recherches menées par le célèbre scientifique du stress Robert Sapolskyn, de l’université de Stanford, qui ont montré qu’un gorille de montagne mâle n°1 ne harcèle pas le n°2 de sa troupe. Il choisit plutôt un animal vulnérable, peut-être le n°25. Pourquoi ? Moins de risque d’être blessé, et aussi moins de risque de perdre son statut.

Pour Jensen, les jeunes qui brutalisent ou harcèlent d’autres jeunes le font souvent pour montrer qu’ils sont « quelqu’un ». C’est souvent une recherche de statut parmi leurs pairs. Lorsque les jeunes ont la possibilité d’obtenir un statut parmi leurs pairs (en particulier par leur réussite à l’école, ou d’une quelconque manière positive), ils n’ont pas besoin de l’obtenir en s’attaquant à des personnes vulnérables.

La réflexion de Jensen est donc la suivante : dans les écoles, les actes de brutalité, de harcèlement ou de dégradation matérielle sont en général le fait d’élèves qui se sentent marginalisés et non reconnus. Lorsque les écoles font en sorte que chaque élève puisse être reconnu, les harceleurs potentiels ne ressentent plus le besoin de s’en prendre aux autres de manière inappropriée. Si tous les élèves se sentaient reconnus, les phénomènes de brutalité et de harcèlement devraient diminuer ou disparaître.

D’une manière pratique, les programmes SEL (Social and Emotional Learning) développés aux États-Unis, que je présente dans deux autres billets, ont montré leur intérêt, en particulier pour développer des compétences sociales et émotionnelles à l’école. Il a été constaté que ces programmes non seulement jouent un rôle dans la réussite scolaire, mais également qu’elles évitent de nombreux comportements à risque comme l’usage de drogues, la violence, le harcèlement ou le décrochage scolaire. On pourra se reporter au site du CASEL (Collaborative for Academic, Social, and Emotional Learning), dont la référence est donnée en Ressources.

Bruno Hourst

Références
CASEL
Eric Jensen