D’une manière récurrente, des études montrent les abus du « travail à la maison » demandé par les enseignants. Après avoir passé de nombreuses heures de sa journée en situation d’apprentissage, l’enfant, une fois rentré chez lui (ou à l’étude) doit à nouveau se replonger dans ses cahiers et ses livres, et parfois pour de très longs moments.
Il est bon de rappeler les textes officiels : jusqu’à la fin du primaire, le travail à la maison doit être extrêmement léger. Tout travail écrit est interdit.

On trouve pourtant fréquemment des enseignants surchargeant leurs élèves de travail à faire à la maison, contraignant à la fois :
• les enfants, en ne leur donnant peut-être pas suffisamment de temps pour faire « autre chose » que du travail scolaire,
• et les parents, qui sont censés vérifier que ce travail est effectivement (et si possible correctement) fait.

La justification principale de ces enseignants est souvent : « Ce sont les parents qui réclament beaucoup de travail à la maison ». Et il est vrai que certains parents jugent la qualité d’un enseignant au volume de travail à la maison qu’il donne à ses élèves.

C’est un grand quiproquo, sur différents plans :

  • un enfant peut apprendre des tas de choses et développer son intelligence en dehors des programmes scolaires et du travail scolaire, mais il faut lui en fournir l’occasion, le temps, et l’encourager à cela ;
  • un enfant a besoin de vivre autres choses que des choses imposées, et en particulier celles imposées par l’école ; une surcharge de travail scolaire peut conduire l’enfant à des réactions de refus de tout travail scolaire ;
  • on peut expliquer aux parents l’utilité du travail à la maison (activation et mémorisation à long terme), en leur montrant que cela ne nécessite pas forcément de nombreuses heures supplémentaires de travail scolaire ;
  • on peut également faire prendre conscience aux enseignants, lors de leur formation fondamentale ou de leur formation permanente, que l’on peut développer les compétences et les connaissances d’un enfant autrement qu’avec des masses d’exercices à faire à la maison, et en leur indiquant comment introduire des techniques d’activation et de mémorisation dans leurs cours.

Rappelons – une fois de plus – les textes réglementaires concernant le Primaire :

« Dans les écoles élémentaires, des études dirigées, d’une durée quotidienne de trente minutes, sont mises en place, dans chaque classe, pendant le temps scolaire, à la suite des séquences d’enseignement proprement dites et avant le début des activités péri-scolaires éventuelles. [...] Dans ces conditions, les élèves n’ont pas de devoirs écrits en dehors du temps scolaire. À la sortie de l’école, le travail donné par les maîtres aux élèves se limite à un travail oral ou des leçons à apprendre. »

Cette disposition est confirmée dans les document d’accompagnement des programmes 2002 - Articulation école-Collège :
« Dans les classes élémentaires, le travail scolaire à faire à la maison est limité : les devoirs écrits sont proscrits ; par contre, des lectures, des recherches, des éléments à mémoriser peuvent constituer le travail proposé aux élèves. Tout travail à la maison fait l’objet d’une vérification par le maître. »

Un rapport de l’inspection générale, jouant sur l’ambiguïté des textes, conclut que les devoirs à la maison ne sont finalement pas vraiment interdits, laissant de côté des travaux universitaires critiquant très vivement cette pratique.

Et au collège et au lycée, qu’en est-il des devoirs à faire à la maison ? Nous demanderons l’avis des chercheurs dans un autre billet.

Bruno Hourst

Références
Peut-on donner à un élève du primaire des devoirs à faire à la maison ?
Primaire : Les devoirs à la maison sont-ils réellement interdits ?
Devoirs à la maison pour les écoliers : interdits et inutiles, mais…
Illustration Jilème