Doit-on privilégier le clavier dès la petite enfance pour apprendre à écrire ? Aux États-Unis, depuis 2015, l’apprentissage de l’écriture cursive en primaire n’est plus obligatoire dans la plupart des États. Dans certaines écoles suédoises, les enfants de maternelle apprennent à utiliser l’écran tactile d’une tablette avant de savoir écrire des lettres sur un cahier.
Pour bon nombre d’enseignants, cette évolution est positive. Mais les spécialistes en neurosciences s’interrogent : est-ce vraiment une bonne idée ?

Pour le spécialiste en neurosciences Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, la réponse ne fait aucun doute. « Quand nous écrivons, un circuit neuronal unique s’active automatiquement. Et il semble que la contribution de ce circuit à l’apprentissage ait une importance dont nous n’avions pas imaginé l’ampleur ».

Plusieurs études précisent les contours de ce circuit neuronal qui se met en place dans la démarche d’écriture. Karin James, psychologue à l’Université d’Indiana, a publié en 2013 dans la revue Frontiers in Psychology les résultats de ses observations. Elle a constaté que la reproduction d’une lettre à la main nécessite une planification et une exécution bien plus complexes que le simple fait « d’exécuter » une action – taper sur le clavier – pour produire le signe.
Également : être capable de cerner les ressemblances entre chaque « a » différent (puisque, écrit à la main, aucun « a » n’est parfaitement identique à un autre) paraît également un élément important dans le développement des capacités d’abstraction.

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Les zones cérébrales sollicitées par l’écriture sont en partie situées dans des zones du cerveau liées au sens du toucher. L’écriture est donc une affaire de mouvements et de sensations, ce qui est en soit assez logique. En revanche, les chercheurs ont été étonnés de découvrir que la lecture fait appel aux mêmes zones. La reconnaissance des caractères dans la lecture se fait donc à la fois par la vue mais aussi par le toucher, ou plus exactement par la simulation mentale et inconsciente des mouvements que l’on fait pour les écrire.
Dit autrement, écrire à la main aide à la lecture.
En comparaison, l’écriture exclusive au clavier ne parait pas aussi bénéfique. Quand les lettres sont tapées au clavier, le processus cérébral en action est totalement différent car la fonction de motricité fine n’est plus sollicitée (on tape sur une touche). Au niveau moteur, les processus sont beaucoup simples et sollicitent beaucoup moins le cerveau.

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L’impact de l’écriture à la main apparaît également sur la construction des idées et sur la capacité à saisir les abstractions. C’est ce qu’a observé Virginia Berninger, psychologue à l’Université de Washington, qui a constaté que sur un même sujet, les enfants composant un texte à la main proposent souvent davantage d’idées et de mots que ceux rédigeant leur histoire à l’aide d’un clavier d’ordinateur. Les mêmes résultats ont été constatés chez les étudiants prenant des notes à la main par rapport à ceux qui préfèrent l’ordinateur.

Bruno Hourst

Références
Écrire à la main, c’est bon pour le cerveau
Ecole : Faut-il arrêter d’apprendre à écrire à la main ?