Nous avons vu dans un précédent billet que, contrairement aux idées encore en vigueur il y a une vingtaine d’années, notre cerveau fabrique en permanence de nouveaux neurones : ce que l’on appelle la neurogenèse. Mais le nombre de neurones créés chaque jour n’est pas fixe, et nous pouvons influencer cette production de nouvelles cellules cérébrales.

Nous suivons l’Américain Eric Jensen, qui transforme un faisceau de recherches en une bonne résolution de vie à prendre en début d’année – ou à n’importe quel autre moment : augmenter le nombre de neurones que nous fabriquons chaque jour ! Un défi stimulant, pas si compliqué que ça et qui peut se résumer (selon les chercheurs) en cinq types d’action.

Nous avons vu l’action n°1 dans un précédent billet : enrichir sa vie par de nouvelles choses et de nouvelles interactions sociales, et faire de l’exercice.
Explorons deux autres types d’action proposés par les chercheurs.

Action n°2 : Profiter de la lumière du soleil.
La lumière du soleil aide à fixer la vitamine D. La carence en vitamine D est répandue chez les adultes dans le monde entier. Ses propriétés font l’objet de nombreuses recherches, en lien avec diverses maladies (diabète, cancer, troubles psychiatriques). Des études épidémiologiques ont en particulier montré des associations significatives entre la carence en vitamine D et un risque accru de divers troubles neuropsychiatriques et neurodégénératifs, tels que la schizophrénie, la dépression, la maladie d’Alzheimer et les troubles cognitifs.

Deux chercheurs australiens, Natalie Groves et Thomas Burne de l’Université de Queensland, ont étudié les effets de la carence en vitamine D sur la neurogenèse dans l’hippocampe. En conclusion, ils écrivent : « La carence en vitamine D peut avoir un impact sur une série de processus critiques nécessaires pour une fonction cérébrale optimale, en particulier la neurotransmission, la formation de synapses, la plasticité synaptique et l’arborisation dendritique. » En clair : nous avons besoin de vitamine D pour créer de nouveaux neurones, et la lumière du soleil est le meilleur moyen de la fixer.

Action n°3 : Bien dormir.
Voilà une stratégie attrayante ! Une équipe de chercheurs menée par Anka Mueller de la Simon Fraser University au Canada a étudié le lien entre le sommeil et la neurogenèse dans l’hippocampe. On sait que l’hippocampe joue un rôle essentiel dans l’apprentissage et la mémoire tout au long de notre vie, en particulier pour l’intégration des neurones dans les circuits déjà existants.
Aux résultats, l’étude relève des preuves claires de corrélations entre le sommeil et le taux de prolifération des cellules de l’hippocampe au cours de la journée, au cours de l’année et pendant toute la vie. Elle constate peu de preuves qu’augmenter la durée du sommeil pourrait augmenter la prolifération cellulaire. Par contre, elle relève de fortes preuves que des perturbations du sommeil excédant 24 h inhibent significativement la prolifération cellulaire et, dans certains cas, la neurogenèse.

Une autre étude, menée par le Néerlandais P. Marloo de l’Université de Groningen, conclue :
« Au cours des dernières années, diverses études ont examiné comment la production de nouvelles cellules cérébrales est affectée par la perturbation du sommeil. Alors que la perturbation du sommeil pendant une période inférieure 24 heures semble avoir peu d’effet sur le taux de prolifération cellulaire, une perturbation prolongée du sommeil peut avoir des effets cumulatifs menant à une diminution importante de la prolifération cellulaire, de la survie cellulaire et de la neurogenèse.
Ces données suggèrent (…) qu’il existe un mécanisme inexploré par lequel le sommeil favorise les processus d’apprentissage et de mémoire. Les effets de la perturbation du sommeil peuvent mettre en danger l’intégrité de l’hippocampe, conduisant ainsi à un dysfonctionnement cognitif et contribuant au développement de troubles de l’humeur. »

Autrement dit : bien qu’une privation modérée de sommeil puisse diminuer la neurogenèse, ce n’est généralement que les nuits blanches (privation de sommeil de 24 heures ou plus) qui pèsent sur le nombre de cellules cérébrales créées.
Il est généralement conseillé de dormir entre 7 et 8 heures par nuit. Notre cerveau doit avoir le temps de se réparer, de consolider les souvenirs et de construire de nouvelles cellules cérébrales.

Et quelles sont les actions n°4 et n°5 pour augmenter le nombre journalier de neurones que nous créons ? Cela sera pour un prochain billet.

Bruno Hourst

Références
The impact of vitamin D deficiency on neurogenesis in the adult brain
Sleep and Adult Neurogenesis : Implications for Cognition and Mood
New neurons in the adult brain : the role of sleep and consequences of sleep loss
Jensen Learning