Notre cerveau passe son temps, en permanence, à apprendre des choses : c’est sa fonction de neuroplasticité. La neuroplasticité peut être mauvaise (dans les cas d’addictions, de traumatismes, etc.) ou bonne (découverte de choses nouvelles, nouvelles habitudes, nouvelles attitudes, etc.). Ce processus d’apprentissage ne s’arrête jamais : notre cerveau apprend au moins d’une douzaine de façons différentes (par le biais de la mise en miroir, d’associations, d’exercices pratiques, d’essais et d’erreurs, d’émotions fortes, etc.), et c’est la combinaison de tout cela qui lui permet d’apprendre et de s’adapter.

Mais si ce processus est si efficace, pourquoi ça ne marche pas toujours dans les salles de classe ? Tous les élèves, logiquement, devraient superbement réussir, avec un tel cerveau si bien fonctionnel ! Pourtant, nous le savons, ce n’est pas le cas, malgré les efforts des enseignants.

Posons la question aux chercheurs. Leur réponse est simple : notre cerveau est bombardé en permanence de données sensorielles (images, sons, touchers, odeurs...), qu’il doit trier pour ne pas dépasser ses limites de stockage. Et pour cela, il dispose d’un ensemble de règles internes qui lui font décider ce qui est important, ce qui mérite d’être étudié, appris et sauvegardé.

Quelles sont les règles de sauvegarde de notre ordinateur cérébral, en les appliquant ici à la salle de classe ou à la salle de formation ? Les chercheurs distinguent cinq règles, qui peuvent donner des pistes pédagogiques importantes aux enseignants et aux formateurs.

  • Un contenu qui apparaît à l’élève comme pertinent est plus susceptible d’être appris ou conservé. Lorsque les élèves ont ce sentiment de pertinence, les enseignants obtiennent plus facilement l’adhésion de leurs élèves.
  • Un contenu décalé, original ou nouveau. Ce qui présente un fort degré de nouveauté (dans sa forme de présentation comme dans le fond) est plus susceptible d’être appris ou conservé par le cerveau que le même contenu présenté de manière traditionnelle et ennuyeuse. Un conférencier invité, une vidéo décapante ou une mise en scène par les élèves peuvent avoir un pouvoir d’accroche considérable.
  • Lorsqu’un contenu fournit une récompense comportementale (un sourire, des émotions positives, une impression de réussite, etc.), il est beaucoup plus probable qu’il sera appris ou retenu.
  • Un contenu qui présente une forte intensité sensorielle (avec un fort apport sensoriel en émotions, odorat, toucher ou sons) est plus susceptible d’être appris ou retenu. Pour cela, on peut utiliser du suspense, des expériences, des jeux de rôle, des bruiteurs, du théâtre, des mises en scène.
  • Un contenu qui se répète souvent, c’est-à-dire qui est revu et rappelé souvent, est également plus susceptible d’être appris ou retenu. Il ne s’agit pas ici de rabâchage, mais d’utilisation du même contenu de manière récurrente, par exemple utiliser un théorème de mathématique ou une formule de physique dans différents problèmes.

En résumé : notre cerveau ne peut pas tout stocker, il doit faire des choix, en fonction de certaines règles. Dans une démarche d’apprentissage, la connaissance et l’application de ces règles permettent de faciliter l’apprentissage et la rétention d’un contenu. Si les enseignants et les formateurs suivent l’avis des chercheurs, ils devraient intégrer ces règles pour planifier leur cours ou leurs formations.

Bruno Hourst

Références
5 Things Every Educator Should Know About Cognitive Capacity